
Sophie LAM-DETRAIT
Responsable de l’Offre Non Coté – Cyrus Herez
Sommaire
Longtemps réservé aux investisseurs institutionnels, le marché secondaire en private equity s’impose aujourd’hui comme une stratégie à part entière dans l’univers du non coté. Dans un contexte économique plus contraint, marqué par des besoins accrus de liquidité et une gestion plus active des portefeuilles, il offre de nouvelles opportunités aux investisseurs avertis.
Qu’est-ce que le marché secondaire en private equity ?
Le marché secondaire en private equity consiste à acquérir des parts de fonds de private equity ou de dette privée déjà existants, échangées de gré à gré entre investisseurs.
Concrètement, un investisseur initial (souvent institutionnel) décide de céder tout ou partie de ses engagements dans des fonds, avant leur échéance naturelle. L’acheteur secondaire se substitue alors à lui et reprend les droits et obligations associés.
Ce mécanisme permet au vendeur de dégager de la liquidité sur des actifs par nature illiquides, tout en restant exposé à la classe d’actifs à long terme.
Pourquoi les investisseurs institutionnels vendent-ils sur le secondaire ?
Les motivations des vendeurs sont rarement liées à la qualité des actifs. Il s’agit le plus souvent de contraintes externes :
- besoins de liquidité,
- arbitrages stratégiques d’allocation,
- pressions réglementaires ou budgétaires,
- volonté de gérer activement un portefeuille devenu trop large.
Le marché secondaire est ainsi passé d’un outil de cession de « queues de portefeuille » à un véritable levier de gestion dynamique des portefeuilles institutionnels.
Acheter de beaux actifs… parfois avec une décote
L’un des attraits majeurs du marché secondaire en private equity réside dans la possibilité d’acheter des actifs de qualité avec une décote par rapport à leur dernière valorisation.
Cette décote s’explique par :
- la contrainte de liquidité du vendeur,
- la complexité des transactions,
- l’asymétrie d’information,
- le contexte macroéconomique.
Historiquement, les transactions secondaires ont été réalisées avec une décote moyenne d’environ 14 % sur les deux dernières décennies. Dans les phases de stress économique, ces décotes peuvent même s’accentuer.
À noter toutefois que certaines opérations, notamment les fonds de continuation initiés par les gérants eux-mêmes, peuvent se faire sans décote, lorsque l’objectif est de prolonger le développement d’actifs jugés particulièrement prometteurs.
Une stratégie qui permet de réduire le risque global
Contrairement à une idée reçue, la performance du secondaire ne repose pas uniquement sur la décote. La qualité des actifs sous-jacents reste déterminante.
La stratégie secondaire permet surtout de réduire le risque de plusieurs façons :
- Visibilité accrue : les portefeuilles sont déjà constitués et les entreprises accompagnées depuis plusieurs années.
- Diversification immédiate : une seule transaction peut donner accès à des centaines d’entreprises.
- Diversification des expertises : secteurs, zones géographiques, typologies d’entreprises et styles de gestion variés.
- Retour de cash plus rapide : les actifs étant plus proches de la phase de sortie, les distributions interviennent plus tôt.
Résultat : un profil de risque généralement plus modéré et un taux de perte historique relativement faible par rapport au private equity primaire.
Un marché encore jeune mais en forte croissance
Le marché secondaire a atteint des volumes de transactions record, avec 160 milliards de dollars l’année dernière. Pourtant, rapporté aux quelque 6 000 milliards d’encours du private equity mondial, il représente encore moins de 3 % du marché.
Cette sous-capitalisation laisse entrevoir un potentiel de croissance significatif, porté par :
- l’augmentation des besoins de liquidité,
- la maturité croissante des portefeuilles institutionnels,
- l’attrait pour des stratégies offrant plus de visibilité et de flexibilité.
Le marché secondaire est-il accessible aux investisseurs privés ?
Oui, à condition de s’appuyer sur les bons véhicules et les bons partenaires.
Les acheteurs du secondaire sont principalement :
- des institutionnels,
- des fonds souverains,
- des family offices,
- des investisseurs privés fortunés,
- et surtout des fonds spécialisés dans le secondaire.
Pour les clients privés, l’accès se fait majoritairement via ces fonds secondaires, pilotés par des équipes disposant de l’expertise, des réseaux et des capacités de due diligence nécessaires.
Pourquoi intégrer le marché secondaire en private equity dans une allocation patrimoniale ?
Le marché secondaire en private equity constitue une porte d’entrée pertinente dans le non coté, notamment pour :
- les investisseurs déjà exposés au private equity primaire souhaitant réduire leur risque,
- les investisseurs plus novices recherchant une première expérience plus rassurante,
- ceux qui privilégient une meilleure visibilité, un cycle d’investissement plus court et un retour de liquidité plus rapide.
Intégré de manière cohérente dans une allocation globale, le secondaire apparaît ainsi comme un outil de diversification et d’optimisation du couple rendement/risque.



