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La holding, véhicule d’investissement familial

Kimberley Lecomte

Ingénieur Patrimonial – Cyrus Herez

Si la vocation première d’une holding est d’organiser la détention de ses filiales dans les meilleures conditions, son utilité dépasse largement ce cadre. Elle s’impose comme un instrument de gouvernance patrimoniale, permettant à la fois d’assurer la transmission, de créer de la valeur et de structurer la gestion de ses actifs.

Qu’est-ce qu’une holding familiale ?

La holding familiale constitue un instrument de gouvernance patrimoniale. Elle permet de :

  • concilier les intérêts familiaux,
  • de structurer la répartition des pouvoirs,
  • d’anticiper une cession,
  • et de capitaliser les revenus, tout en préparant la transmission dans une logique pérenne et cohérente.

Elle tend à devenir un réflexe pour de nombreuses familles soucieuses d’organiser, gérer et arbitrer une partie de leurs actifs en vue de les transmettre sur plusieurs générations.

1. Concilier les intérêts familiaux

Il n’est pas rare que sur une génération, les appétences et compétences de chacun ne soient pas équivalentes. Il arrive par exemple que l’un des enfants soit passionné de finance et, donc, tout désigné pour prendre les décisions pour la famille en matière d’investissements patrimoniaux, tandis qu’un autre est très impliqué dans des associations caritatives, et qu’un troisième dirige l’entreprise familiale.

La holding permet de donner un rôle à chacun et de formaliser les domaines de compétence. Le “financier” pourra être en charge des investissements de la trésorerie pérenne, le “philanthrope” choisir des œuvres à soutenir via le résultat de la société, tout en bénéficiant d’un avantage fiscal. Le dernier enfant, le “repreneur”, sera à la manœuvre de la société opérationnelle. Les trois enfants ont pu se créer un rôle dans la holding pour assurer la continuité du patrimoine familial, sans créer de frustration entre le repreneur et les non repreneurs.

2. Structurer la répartition des pouvoirs

Des statuts sur mesure pour organiser le contrôle de la holding

Les statuts, véritable mode d’emploi de la société, permettent de définir un fonctionnement sur mesure. Il n’est pas rare de transmettre la majorité du capital de la holding à ses enfants et de s’être réservé des actions de préférence qui permettent de conserver le pouvoir de décision (golden share). Les parents peuvent ainsi préserver les pouvoirs de décision tout en assurant la transmission du capital.

Droits de vote et démembrement : quels enjeux pour les associés ?

En cas de démembrement, qu’il soit intervenu dans le cadre d’une donation ou d’une succession (lors de l’option du conjoint survivant pour l’usufruit sur la totalité du patrimoine), il est primordial de déterminer à qui revient le droit de vote aux assemblées générales (ordinaires et extraordinaires). Par défaut, il appartient au nu-propriétaire (donataire/héritier), sauf pour l’affectation des bénéfices, qui relève de l’usufruitier (donateur/conjoint survivant). Des clauses statutaires peuvent toutefois aménager ce principe en accordant à l’usufruitier un droit de vote élargi.

3. Capitaliser les revenus

L’intérêt de l’impôt sur les sociétés pour une holding familiale

L’option pour l’impôt sur les sociétés (IS) constitue un atout majeur pour l’ensemble des associés, offrant historiquement une forme de stabilité puisque les règles applicables aux entreprises ont moins évolué par le passé que celles de la fiscalité des particuliers, souvent modifiées au gré des lois de finances.

Capitaliser les revenus pour développer le patrimoine

La holding patrimoniale peut être utilisée comme un véhicule d’investissement, isolant les actifs, mutualisant leur gestion et centralisant les revenus. Ces gains sont imposés au niveau de la société (soit 25 % au maximum) et n’entraînent aucune fiscalité pour les associés personnes physiques tant qu’ils ne sont pas distribués. Cette liberté de distribution confère une réelle souplesse stratégique : différer ou limiter les versements permet d’adapter les flux aux besoins des associés tout en capitalisant les revenus non distribués. Ce mécanisme renforce la capacité d’investissement et favorise la création de valeur destinée à être transmise aux générations futures, dans une logique patrimoniale de long terme.

Optimiser la distribution pour maîtriser la fiscalité personnelle

Cette flexibilité offre également la possibilité de maîtriser la pression fiscale, notamment en évitant le franchissement des seuils déclenchant la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus (CEHR), fixée entre 3 % et 4 %.

Adapter les besoins de revenus entre associés

Et enfin, quand des associés d’une même famille n’ont pas les mêmes besoins de revenus, il est toujours possible d’intercaler une sur-holding pour chacun des enfants pour éviter que les actionnaires qui ne souhaitent pas distribuer se voient contraints de le faire par ceux qui ont besoin de revenus.

4. Préparer sa transmission

La holding familiale s’avère être un outil privilégié pour anticiper et organiser sa transmission. Celle-ci peut s’opérer progressivement par donation de titres, tout en conservant le contrôle grâce à une rédaction préalablement adaptée des statuts.

Il est ainsi possible de maîtriser l’entrée des enfants au sein de la société et leurs pouvoirs en réalisant des donations par étapes ou moments clés.

Aménager la répartition des résultats entre usufruit et nue-propriété

Cette donation peut intervenir en pleine propriété ou en nue-propriété, permettant d’optimiser les abattements disponibles et le barème fiscal (Art. 669 du CGI, Code Civ) en fonction de l’âge des donateurs. Une anticipation de la transmission contribue à prévenir les situations conflictuelles en cas de prédécès de l’un des parents.

La transmission d’une holding familiale en nue-propriété permet par la suite de « flécher » des revenus vers la génération qui en a réellement besoin. En l’absence de dispositions, le résultat de l’exercice est distribué en faveur des usufruitiers tandis que les réserves appartiennent aux nus-propriétaires. Mais il est possible d’organiser dans les statuts des règles différentes pour la répartition des bénéfices en cas de parts démembrées, comme par exemple les résultats courants pour les usufruitiers et les résultats exceptionnels pour les nus-propriétaires.

Cas pratique : optimiser la transmission via les statuts de la holding

Prenons l’exemple d’une holding “Famille Cyrus” dont le capital est détenu par les parents en pleine propriété à hauteur de 2%, le solde en démembrement entre les parents en usufruit et les enfants nus-propriétaires. Les enfants ont tous des envies d’investissements immobiliers de jouissance. La holding cède une de ses filiales et distribue un résultat exceptionnel de l’exercice d’un montant de 100 000 € :

  • En l’absence de dispositions statutaires, les parents usufruitiers et pleins propriétaires recueillent la totalité du dividende car il s’agit d’un résultat de l’exercice. Ils acquittent la fiscalité sur les dividendes. Pour aider leurs enfants dans leurs projets, les parents devront réaliser une nouvelle donation en pleine propriété, avec un frottement fiscal.
  • Si on prévoit dans les statuts que les résultats exceptionnels appartiennent aux nus-propriétaires, la distribution se fait en faveur des parents pour 2 000 € (au titre de leurs actions en pleine propriété). Le solde, soit 98 000 €, ira directement aux enfants. Chacun sera soumis à la fiscalité sur les dividendes qu’il a perçus mais il ne sera pas nécessaire de réaliser une donation.

Nos convictions

La holding familiale est un outil particulièrement efficace pour structurer et piloter un patrimoine dans la durée. Elle permet d’articuler gouvernance, gestion financière et transmission dans un cadre cohérent.

Pour autant, sa pertinence repose avant tout sur la qualité de sa mise en œuvre. La rédaction des statuts, l’organisation des pouvoirs, la gestion des flux financiers ou encore l’anticipation des enjeux successoraux sont autant de paramètres déterminants.

Une holding bien structurée permet de concilier des objectifs parfois divergents : générer des revenus, capitaliser sur le long terme, ou encore organiser la transmission entre plusieurs générations.

À l’inverse, une structuration inadaptée peut créer des déséquilibres, voire des tensions familiales.

La holding ne constitue donc pas une solution standardisée, mais un véritable outil sur mesure, qui doit s’inscrire dans une stratégie patrimoniale globale.