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Créé par la loi PACTE et disponible depuis le 1er octobre 2019, le plan épargne retraite (PER) a remplacé les anciens contrats Madelin et PERP. Pour les dirigeants, professions libérales et foyers à tranche marginale d’imposition élevée, ce n’est pas un simple produit de retraite : c’est un outil d’arbitrage fiscal et de structuration patrimoniale, particulièrement puissant lorsqu’il est activé au bon moment, typiquement l’année d’une cession d’entreprise ou d’un pic de revenus.
Le PER en bref : ce qu’il faut savoir avant d’investir
Le PER individuel est une enveloppe d’investissement qui permet de se constituer un capital sur une large gamme de supports (fonds en euros, OPC, immobilier, non coté), tout en bénéficiant en contrepartie d’une déduction fiscale à l’entrée. L’avantage est mécaniquement plus marqué pour les contribuables avec une TMI élevée qui anticipent une fiscalité plus légère à la retraite.
À la sortie, deux options coexistent : la rente viagère ou le retrait en capital, qui peut être fractionné. C’est ce choix de calendrier de sortie, autant que le choix d’y verser, qui fait la différence entre un PER bien utilisé et un PER subi.
Le PER, un levier fiscal puissant pour les TMI élevées
Les versements volontaires sur un PER sont déductibles du revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Pour 2026, ce plafond est fixé au plus élevé des deux montants suivants :
- pour les salariés et assimilés : 10 % des revenus professionnels de l’année précédente, avec un minimum de 4 710 € et un maximum de 37 680 € ;
- pour les travailleurs non salariés (TNS), un plafond plus avantageux pouvant atteindre 88 911 €.
Ces plafonds sont propres à chaque membre du foyer fiscal, mais peuvent être mutualisés entre conjoints ou partenaires de PACS. Depuis 2026, les plafonds non utilisés peuvent être reportés sur les cinq années précédentes (contre trois ans auparavant), cette mesure s’applique à partir du plafond de 2026 et suivantes. Ce qui signifie que les plafonds non utilisés en 2026, seront reportables jusqu’en 2031.
Le bon réflexe : raisonner en différentiel de TMI. L’avantage fiscal du PER ne se mesure pas au montant déduit, mais à l’écart entre la TMI au moment du versement et celle au moment de la sortie. Plus cet écart est favorable, plus l’opération est pertinente.
Au moment des retraits, la part correspondant aux versements déduits est imposée au barème progressif, tandis que les gains subissent depuis le 1er janvier 2026 un prélèvement forfaitaire de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème si elle est plus favorable. Étaler les retraits par rachats fractionnés permet d’éviter de basculer dans une tranche marginale supérieure au moment de la sortie.
À noter : depuis le 1er janvier 2026, les versements effectués après le 70ᵉ anniversaire du titulaire ne sont plus déductibles. Le PER doit donc s’envisager dans une fenêtre de temps précise, idéalement anticipée plusieurs années avant la liquidation des droits.
Le moment clé : utiliser le PER lors d’une cession d’entreprise
C’est sans doute l’usage le plus stratégique du PER pour un dirigeant. L’année de cession d’une société est souvent celle où le revenu imposable atteint son plus haut niveau, parfois pour la seule et unique fois dans la carrière du dirigeant. Verser une part significative du produit de cession sur un PER, dans la limite du plafond disponible, éventuellement gonflé par le report des années précédentes, permet de lisser cette pointe fiscale tout en redéployant une partie du capital vers une épargne de long terme.
Cette stratégie se combine naturellement avec d’autres dispositifs de remploi (150-0 B ter, holding de réinvestissement), le PER jouant alors un rôle de brique complémentaire dans une structuration plus large, plutôt qu’une solution isolée.
Le PER, un outil de transmission complémentaire de l’assurance-vie
Le PER n’est pas qu’un outil de préparation à la retraite : c’est également un levier de transmission, à condition de ne jamais être liquidé. Si le souscripteur décède avant le passage en rente, deux régimes s’appliquent selon son âge au décès.
- Décès avant 70 ans : un abattement de 152 500 € par bénéficiaire est appliqué sur les sommes versées sur le contrat. Le solde est soumis à un prélèvement de 20 % sur la quote-part taxable de chaque héritier jusqu’à 700 000 €, puis à 31,25 % au-delà.
- Décès après 70 ans : l’intégralité du capital transmis, y compris les gains, entre dans la succession au-delà d’un abattement de 30 500 €.
Pour le conjoint survivant, la transmission est totalement exonérée de droits, l’avantage fiscal initial restant définitivement acquis et seuls les prélèvements sociaux s’appliquant sur les gains latents. Pour les enfants, la fiscalité de transmission (31,25 % avant 70 ans, droits de succession après) est généralement plus légère que l’économie d’impôt obtenue à l’entrée, ce qui en fait, dans bien des configurations, une opération fiscalement gagnante sur l’ensemble du cycle de vie du contrat.
Deux leviers permettent d’aller plus loin : le démembrement de la clause bénéficiaire, et une approche transgénérationnelle consistant à désigner directement les petits-enfants comme bénéficiaires.
PER ou assurance-vie : comment choisir ?
Les deux enveloppes ne s’opposent pas, elles se complètent. L’assurance-vie offre une disponibilité totale de l’épargne à tout moment, sans contrainte de sortie. Le PER, en échange d’une épargne bloquée jusqu’à la retraite (sauf cas de déblocage anticipé : achat de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement…), offre un avantage fiscal à l’entrée que l’assurance-vie ne propose pas.
Pour un dirigeant ou un foyer à la TMI élevée, l’arbitrage typique consiste à utiliser le PER pour capter la déduction fiscale sur les années à forts revenus, et l’assurance-vie pour conserver une poche de liquidité disponible et un outil de transmission plus souple (bénéficiaires multiples, pas de contrainte d’âge au décès).
Nos convictions
Le PER mérite une place dans une stratégie patrimoniale construite, à condition d’être activé au bon moment et avec le bon dosage. Pour un dirigeant, l’enjeu n’est pas de maximiser les versements chaque année, mais de calibrer l’effort d’épargne sur les exercices où la TMI est la plus élevée, au premier rang desquels l’année d’une cession d’entreprise, tout en préservant la lisibilité du plafond de déduction sur le moyen terme. Couplé à une assurance-vie pour la liquidité et à une réflexion de transmission dès la souscription, le PER devient un outil de pilotage fiscal et patrimonial à part entière, et non un simple produit d’épargne retraite parmi d’autres.
Nos experts répondent à vos questions
Quel est le plafond de déduction PER en 2026 ?
Pour les salariés, il est fixé au plus élevé entre 10 % des revenus professionnels 2025 (plafonné à 37 680 €) et 4 710 €. Pour les travailleurs non salariés, il peut atteindre 88 911 €.
Peut-on encore verser sur un PER après 70 ans ?
Oui, mais ces versements ne sont plus déductibles du revenu imposable depuis le 1er janvier 2026.
Le PER est-il plus intéressant que l’assurance-vie ?
Les deux enveloppes sont complémentaires : le PER offre une déduction fiscale à l’entrée contre une épargne bloquée jusqu’à la retraite, l’assurance-vie offre une disponibilité totale mais sans avantage fiscal au versement.
Le PER est-il intéressant en cas de cession d’entreprise ?
Oui, c’est souvent le contexte le plus favorable : l’année de cession correspond généralement à la TMI la plus élevée du dirigeant, ce qui maximise l’économie d’impôt obtenue par la déduction des versements.



